Caroline SANGOSSE
Extrait de la Revue de la Société
Haïtienne d'Histoire et de Géographie, vol.52, n°195
... Caroline Saureau, est la
mère de ma grand-mère maternelle Joséphine Sangosse. Elle se maria en
1797 avec Courtois Sangosse mulâtre libre, officier de l'armée coloniale.
Elle est sortie du couvent pour se marier. Elle était très jolie et
instruite. Courtois Sangosse était neveu du fameux Louis Sangosse que le
roi Christophe consultait dans toutes les circonstances. Courtois Sangosse
était colonel, commandant le fort du Cap, sous Christophe lorsqu'en
1807 survint la conspiration du colonel Pescaye, chef de la Garde. A
l'occasion de cette affaire, Christophe décima la Garde, fit égorger les
chefs et leur famille.
Le bourreau courroucé n'épargna ni les femmes ni les enfants. Il en fit
une question de couleur à cause du grand nombre de mulâtres compromis dans
cette affaire. Courtois Sangosse pour éviter la mort dû s'enfuir du Cap.
Ma grand'mère m'a souvent raconté les péripéties de cette fuite. Le
colonel Sangosse possédait une baleinière que le roi en diverses
circonstances avait témoigné le désir d'avoir. Le propriétaire lui avait
promis d'en faire construire une pour lui et qui serait encore plus jolie,
le jour que le roi lui permettrait d'aller lui-même couper les bois pour la
baleinière du roi, Sangosse, le jour de la découverte de la conspiration
Pescaye, partit sur sa baleinière sans que son équipage n'eut aucun
soupçon de sa véritable intention. Arrivé en vue de la Tortue,
l'équipage ayant remarqué qu'au lieu de s'y diriger Sangosse faisait route
vers la terre ferme, alors sous la domination de Pétion, comprit enfin et
voulut arrêter Sangosse. Celui-ci se jeta à la mer ayant dans la poche un
flacon d'huile d'olive qui devait lui servir à éclaircir sa route. Il
gagna ainsi à la nage la terre ferme, aborda dans les environs de
Port-de-Paix d'où il se rendit à Port-au-Prince auprès du président
Pétion.
Lorsque Christophe eut appris cette fuite, il fit arrêter et déposer en
prison madame Courtois Sangosse. Elle allaitait un enfant de six mois qui fut
ma grand-mère et qui se nommait Joséphine. Par suite de démarche de
personnages influents à la cour, elle fut mise en liberté avec son bébé
quelques heures avant le massacre général qui eut lieu ce jour dans la
prison du Cap. Courtois Sangosse fut tué dans une querelle avec un nommé
Beaugé de Port-au-Prince. La veuve au Cap eut un enfant pour le baron
Dupuy, Ministre des Finances de Christophe en 1810. Cet enfant fut
Jean-Baptiste Dupuy, le chef de la famille Dupuy des Gonaïves.