Louis RASTEAU
Saint-Domingue

Louis RASTEAU

RASTEAU HERAULT SEIGNETTE PONT (de) DEBROSSE
Jacques RASTEAU père
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Suzanne RASTEAU née HÉRAULT Elie SEIGNETTE
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Suzanne Sara SEIGNETTE née de PONT
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Jacques RASTEAU fils
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Suzanne RASTEAU née SEIGNETTE
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Jean-Benjamin RASTEAU
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Louise RASTEAU née DEBROSSE
Louis RASTEAU
Militaire
o ca. 1750 Saint-Domingue, Port-au-Prince
+ dimanche 18 janvier 1824 Haiti, Port-au Prince
(frères/soeurs:- Louise RASTEAU- Pierre-André RASTEAU- Constance RASTEAU- Modeste RASTEAU)

SANS DESCENDANCE CONNUE

 

 

Principale source : AGH

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
Estelle & Jean-Paul Manuel © 1998-2009.
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Révisé le dimanche 20 juin 2010

 

Pierre Louis Rasteau

 

Le premier acte que nous avons à signaler dans cette année [1817], fut une adresse du Président d'Haïti au peuple, en date du 23 janvier, pour l'inviter à se réunir en assemblées communales, afin d'élire les représentants et leurs suppléants pour la formation de la Chambre. Les premiers, moins quelques retardataires, se réunirent au Port-au-Prince à la fin de mars.

En ce moment, Pétion était malade; il ne put procéder à l'ouverture de la session législative que le 22 avril. Cette cérémonie qui devait faire époque dans nos annales, eut lieu avec toute la pompe désirable, - le héros législateur, sentant qu'il devait entourer cette branche de la représentation nationale, de tous les honneurs propres à lui assurer la considération publique.

Accueilli lui-même par les représentants, avec ce sentiment de de respect et de vénération qu'il sut inspirer à ses concitoyens, il prononça un discours remarquable, par la confiance qu'il témoignait dans la politique sage et habile qu'il avait suivie pour gouverner la République au profit de la nation haïtienne, toute entière. Voici un extrait de ce discours : 

«Citoyens législateurs, - L'histoire du monde nous offre l'exemple de plusieurs nations qui ont dû leur origine à des révolutions. La nôtre sera sans doute recueillie par par la postérité, comme un des monuments les plus étonnants de ce que peuvent le courage et la persévérance pour le triomphe de la cause la plus sacrée. Nous nous glorifierons peut-être d'avoir servi de modèles aux grands changements qui se préparent en faveur de l'humanité; et après nous être délivrés du joug de l'oppression, et avoir cimenté de notre sang l'ouvrage de notre régénération, de voir le bonheur se répandre sur la classe infortunée qui gémit encore, mais que le génie de la philanthropie et le cri de la raison appellent sans cesse à la civilisation.

«C'est dans le bruit tumultueux des armes, à l'ombre du laurier de la victoire, que la République d'Haïti s'est formée. Si nous portons nos regards sur le passé, sur ce qu'il a fallu entreprendre pour nous porter à notre situation présente, nous nous enorgueillirons du titre d'Haïtiens; nous trouverons en nous-même de nouvelles forces pour le soutenir, et nous pourrons avancer sans crainte, que pour avoir opéré ce que nous avons fait, nous ne pouvions être des hommes ordinaires.

« ... Placé à la tête de la nation, je n'ai rien négligé pour sa gloire et j'ai dirigé les rênes du gouvernement pour le plus grand avantage de mes concitoyens... les droits du peuple sont incontestablement assurés, et chacun connaît qu'elle est l'étendue de ses droits et de ses devoirs.

« C'est de la Représentation nationale que le peuple doit attendre sa félicité, et nos enfants la paisible jouissance de nos travaux et de nos sacrifices. C'est sur votre sagesse et votre dévouement à la patrie, citoyens législateurs, que tous les yeux sont ouverts.

«... Je commence avec vous le nouvel exercice de mes fonctions : tous mes instants seront consacrés à vous seconder, pour faire jouir le peuple des avantages que nos institutions lui promettent ; et il n'y aura jamais pour moi de véritable bonheur au-dessus de celui que je pourrai partager avec lui.»

C'est le dernier discours officiel que prononça Pétion. Ce fut pour lui comme le chant du Cygne, car on aurait dit qu'il pressentait sa mort prochaine, au moment où il venait d'essuyer une forte maladie. Dans ce discours, son langage, ordinairement si modeste, est empreint de ce louable orgueil qu'il est permis à un chef d'Etat, fondateur des institutions politiques de son pays, de manifester sans réserve pour communiquer à ses concitoyens la confiance qu'il a lui-même dans leur durée, dans les grands résultats qu'ils vont produire. S'il se persuade qu'elles doivent assurer le bonheur de sa patrie, il n'est pas moins convaincu que tous les autres hommes de sa race sont appelés à jouir, dans un avenir plus ou moins éloigné, de leur liberté naturelle, par l'exemple que les Haïtiens ont tracé de ce que peuvent le courage et une révolution persévérante. Il y a dans ce pressentiment de son génie quelque chose de flatteur pour Haïti qui a donné naissance à cet homme illustre et qui doit, aujourd'hui encore, pénétrer ses citoyens de la nécessité de suivre l'impulsion qu'il leur a donnée, s'ils ne veulent pas déchoir dans l'opinion des nations civilisées.

D'un autre côté, on reconnaît que Pétion était sincère quand il fit introduire dans le gouvernement de la République, la Chambre des représentants des communes comme une institution propre à promouvoir la félicité publique, par le concours de tous les citoyens qui devaient être d'autant plus obéissants aux lois, que leurs mandataires directs participeraient à la promulgation de ces lois. Dans ces vues, il va même jusqu'à dire que c'est de la Chambre, considérée comme étant la Représentation nationale, que le peuple attend son bonheur, que sa postérité devra la paisible jouissance de tous les droits que ses devanciers ont conquis pour elle, et que tous les yeux sont ouverts sur les représentants.

Dans sa pensée, cette partie du discours a pu n'être qu'un compliment flatteur pour mieux les porter à être sages et dévoués au pays, qu'une espérance exprimée avec franchise ; mais ce fut peut-être  une imprudence aussi par les termes dont il se servit. Car, dans l'ordre constitutionnel dérivant de la révision du pacte social, - nous l'avons dit, - les membres du Sénat et le Président d'Haïti étaient également des Représentants du peuple, nommés à des degrés différents pour gouverner en son nom. Cette profession de foi politique pouvait être invoquée un jour et avoir d'autant plus d'autorité, qu'elle sortait de la bouche même de celui qui fit instituer la chambre des communes ; et alors, selon les circonstances une perturbation sociale, une grande révolution pouvait en être la conséquence plus ou moins désastreuse pour le pays : tant il est vrai qu'un chef d'Etat doit bien peser les paroles qu'il prononce !

Quoi qu'il en soit, le citoyen Pierre André, l'un des représentants du Port-au-Prince et Président de la chambre, répondit au Président d'Haïti par un discours où il exprimait au nom de ce corps les sentiments les plus favorables à Pétion, qualifié de Père de la République, l'estime la plus profonde pour les qualité qui le distinguaient, pour ses principes politiques, en le félicitant de la distribution impartiale des terres à tous les citoyens, ce qui «leur rendrait chère une patrie qui traite ses enfants sans prédilection, » en lui prédisant une reconnaissance incontestée pour ses bienfaits et une gloire immortelle aux yeux de la postérité.

« L'homme dont le génie, s'élevant au-dessus du préjugé commun, a crée un système de politique d'où il fait découler le repos et la prospérité de sa patrie; l'homme dont le bras sauva plus d'une fois la République penchant vers sa ruine, est l'homme même qui en ce jour consolide l'arbre antique et majestueux de la liberté. Il le cultivera, il en étendra les rameaux, il fera reposer sous son ombrage la garantie de l'Etat et la sûreté individuelle de ses concitoyens. Tout paraît donc promettre à Haïti un bonheur constant... Mais un pouvoir nouveau demande de la considération, de la splendeur ; c'est l'aliment de son existence, sans lequel il périt ; avant qu'il ait une lumière qui lui soit propre, il faudra qu'il brille longtemps de l'éclat emprunté de la gloire et de la vertu du premier chef ; il aura besoin pendant longtemps de l'appui de son crédit et de sa puissance. Voilà, Président, ce que la Chambre espère de vous.»

Le Président d'Haïti se retira ensuite, aux acclamations des représentants et des citoyens assistant en foule à cette séance.

Après l'installation de la chambre, Pierre André adressa à ses collègues, un autre discours, où il leur retraçait leurs devoirs envers la nation dont ils étaient les représentants, et la manière la plus digne de les remplir. Il leur parla des objets qui devaient le plus fixer leur attention, concurremment avec le Sénat et le Président d'Haïti : - l'agriculture, l'industrie, le commerce, les finances, l'armée, l'instruction publique, l'établissement des conseils de notables. 

[...]

D'un autre côté, en signalant ce qui concernait les bons ou mandats du trésor, c'était blâmer les opérations de la haute administration qui ne remédiait pas à cet état de choses; et dans le passage cité, on reconnaît encore certaine affinité d'idées avec celles émises dans les Remontrances du sénat, du 28 juillet 1808, produites dans notre précédent volume. Comme le sénat, la chambre se montrait déjà préoccupée du sort de l'armée, des moyens de l'entretenir, en invoquant la constitution. Comment interpréter cette préoccupation, sinon par le besoin senti d'exercer une influence légitime dans les affaires publiques ? Cependant, le citoyen qui prononça ce discours était connu pour être très attaché, très dévoué à Pétion (Ce sentiment d'attachement à Pétion, de son vivant, à sa mémoire depuis sa mort, à toujours distingué Pierre André parmi ses concitoyens, et c'est faire son éloge que le reconnaître ici.) [notons que Pierre André se trouvait aux côtés de Pétion dès l'affaire de Diègue, il manqua de se faire exécuter par les hommes de Rigaud] S'il ne craignit pas d'exprimer des idées qui rapprochaient son discours des doléances du sénat, dans la partie la plus importante de toute administration et qui fut toujours l'objet des plus grands reproches faits à celle du président ; de manifester l'intention de poser la chambre des représentants, aux yeux de l'armée, comme sa protectrice naturelle, - c'est qu'il subissait lui-même l'influence de la nature des choses, qui porte un tel corps délibérant à la critique des actes du pouvoir exécutif et par suite à lui faire une opposition plus ou moins vive, selon le cas.

in :

Beaubrun Ardouin, Tome 8 p.59-61