Michel-Joseph LEREMBOURE père
Haïti

Michel-Joseph LEREMBOURE père

LEREMBOURE
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Jean LEREMBOURE
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Michel-Joseph LEREMBOURE
alias Le Vieux Tigre
Négociant
Premier Maire de Port-au-Prince de 1791-1792, Député, 5 mars 1791
Co-Propriétaire de la maison de commerce Leremboure Père et Lassale
-Fondateur de la maison de Providence de Port-au-Prince, il en devient trésorier
- Procureur d'habitations
o ca. 1720 France, Saint-Jean-de-Luz
+ vendredi 16 mars 1804 Haïti, Port-au-Prince
ax Marguerite SAINT-MARTIN

DESCENDANCE


Avec Marguerite LEREMBOURE née SAINT-MARTIN BELLEVUE
1 ) Salvador Paul LEREMBOURE (ca. 1756-ca. janvier 1840)
2 ) DULIEPVRE née LEREMBOURE
3 ) Jean-Marie LEREMBOURE (ca. 1761-)
4 ) Augier-Marie LEREMBOURE

 

 

Principale source : JPM

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
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Révisé le dimanche 20 juin 2010

 

Michel-Joseph Leremboure

un Basque premier maire de Port-au-Prince

(Saint-Domingue, fin XVIIIe siècle)

par Jacques de Cauna

Contrairement à ce que l’on peut observer un siècle plus tard en Amérique latine et notamment dans les pays de la Plata, les Basques furent relativement peu nombreux à Saint-Domingue, la plus importante – et de très loin – des colonies françaises d’Ancien Régime qui était peuplée au moins à quarante pour cent à la veille de la Révolution de colons originaires du Sud-Ouest de la France.

On constate d’ailleurs que les Basques, dont les noms sont facilement reconnaissables, y étaient même généralement confondus avec les Béarnais, fers de lance de la colonisation aquitaine depuis l’action fondatrice du gouverneur Jean-Baptiste Ducasse, associé il est vrai au personnage moins connu qu’est Charles de Sallaberry d’Irumbery dont l’action discrète dans les bureaux versaillais de la Marine fut tout aussi décisive. Tout aussi discrète fut la présence d’autres Basques, tels le commandant de la Garde Nationale des Gonaïves, Rospitt, massacré lors des troubles alors qu’un de ses compatriotes anonymes, un marchand, petit mais alerte, parvenait à s’échapper grâce à la proverbiale agilité des Basques, anecdote dont le naturaliste Descourtilz fait l’objet d’un chapitre. Ou encore, celle de Jean-Baptiste Charlesteguy, l’un des cinq Blancs échappés au massacre de Port-au-Prince, qui revint en Haïti après l’indépendance, vingt ans plus tard, pour y refonder la maçonnerie de hauts grades. On sait également qu’à Ducasse succédèrent notamment les gouverneurs basques Charritte et Belzunce qui attirèrent eux aussi des compatriotes, mais peu d’auteurs en font état, à l’exception d’un observateur antiesclavagiste d’époque, qui pour détruire l’argument habituel de l’impossibilité pour les Blancs de travailler dans ces climats, évoque, fait rarissime à Saint-Domingue, une colonisation blanche de familles basques très modestes travaillant elles-mêmes leurs terres dans la région caféière pionnière de Jérémie au bout de la presqu’île du Sud. Mais il se peut qu’il y ait là confusion avec l’équipage du vaisseau du corsaire David Santali échoué dans cette partie de l’île.

Parmi ces Basques créolisés que l’on trouve plus ou moins solidement implantés dans le milieu local, Michel-Joseph Leremboure, surnommé Le Vieux Tigre par le commissaire civil de la Convention Sonthonax, est un personnage d’une autre envergure par sa position sociale dans la capitale, une figure hors du commun qui a joué un rôle historique capital dans les dernières années de la colonie. Sa vie est un véritable roman[1].

Issu d'une vieille famille d'armateurs et de négociants originaires de Sare au Pays-Basque, il était né en 1720 à Saint-Jean-de-Luz où les Leremboure étaient solidement implantés depuis le début du XVIIe siècle. La famille, plusieurs fois alliée aux Haraneder, Saint-Martin et Lohobiague, est aujourd’hui propriétaire depuis le XIXe siècle de la célèbre maison de Lohobiague Enea, édifiée entre 1643 et 1649 et devenue Maison Louis XIV, après avoir reçu le sobriquet populaire de Mocorena, depuis que Marie-Soleil de Hirigoyen, veuve du bayle Johannis de Lohobiague, avait eu l'honneur d’y recevoir en 1660 le roi pour son mariage avec l’infante d’Autriche. Les Leremboure sont aussi les seuls à avoir conservé deux autres maisons patrimoniales, Leremboure-baïta et Granga-baïta, toutes deux situées rue Mazarin. 

Selon la tradition familiale, Michel-Joseph, fils de Jean, bayle de la ville en 1733, aurait eu de son mariage avec Marguerite de Saint-Martin Campo en 1755 huit enfants dont une fille. Son fils aîné, Paul-Salvador, né en 1756 et décédé en 1840, dont il sera question plus loin, celui-là même qui devint propriétaire de la maison Louis XIV par son mariage avec Marie-Dominique-Laurence de Saint-Martin Alexandre, qui en était héritière, fut « la figure la plus marquante de Saint-Jean-de-Luz dans la première moitié du XIXe siècle ». élu maire après la Révolution, position qu’il conserva pendant plusieurs années, il eut l’honneur de recevoir en 1808 dans sa maison de Granga-baïta Napoléon Ier et l’impératrice qu’il parvint à intéresser au rétablissement de la ville. On lui doit la première notice imprimée sur Saint-Jean-de-Luz[2].  

La question qui se pose finalement est simple. Comment et pourquoi ce riche bourgeois qu’est Michel-Joseph Leremboure, marié et père de famille, s'embarqua-t-il à 45 ans pour Saint-Domingue?

 L'esprit d'aventure n'explique pas tout. On sait que le déclin de la ville de Saint-Jean-de-Luz à cette époque entraîne l'émigration massive de nombreuses personnalités. Affaiblie par la perte des droits de pêche à Terre-Neuve due au traité d’Utrecht en 1715, menacée par la mer et en partie détruite après plusieurs tempêtes qui avaient fait disparaître une centaine de maisons, notamment en 1749, sa population était tombée de 13 000 à 2 000 habitants du XVIIe au XVIIIe siècle. En 1748, l’embouchure même de la Nivelle était devenue impraticable et il ne restait plus qu’un seul bateau dans le port qui en comptait 58 sept ans plus tôt. Les hommes de valeur partent chercher fortune ailleurs, principalement dans l'Eldorado américain des Îles. Michel-Joseph Leremboure n'échappe pas à la règle. Selon la tradition familiale, en s’embarquant pour les Antilles, il se sacrifie pour sa famille qui par la suite refusera de partager sa nouvelle vie… Mais la fortune familiale était sauvée[3]! Sans doute, comme cela est souvent le cas, l’exemple lui avait-il été donné par un parent qui l’avait précédé « aux Îles » puisqu’on voit un certain Sanson Leremboure, de la maison familiale Leremburubaïta, décéder à la Martinique en 1736[4]. 

Embarqué à Bayonne en 1765, Michel-Joseph fonde moins d'un an après son arrivée, en 1766, la Maison de la Providence de Port-au-Prince (l'hôpital) dont il devient le « trésorier gratuit » (bénévole). Il est déjà l'un des négociants les plus en vue de la place, à la tête d'une importante maison de commerce fondée en association avec un pays sous la raison sociale Leremboure père et Lassale, au point qu'en 1787 les administrateurs de la colonie (le Gouverneur général pour le Roi et l’Intendant), le choisissent avec cinq autres grands habitants (c’est-à-dire grands propriétaires de plantations), parmi lesquels célèbre le juriste et historiographe de la colonie Moreau de Saint-Méry et l’ingénieur Belin de Villeneuve, promoteur de grandes innovations dans le traitement du sucre), pour former un comité d'examen des projets de réformes établis pour Saint-Domingue.

A la veille de la Révolution, son esprit d'entreprise l'avait, en effet, placé aux premiers rangs de ses concitoyens. Ses biens consistaient en deux maisons estimées 396 000 francs en 1831, l'une, place Valière, où il avait établi des bains publics, et l'autre, « sans contredit celle de la ville qui avait coûté le plus », quai de Rohan, à l’angle de la rue du Bel-Air, vers le fort Saint-Joseph, qu'il avait bâtie sur un terrain gagné sur la mer. Il possédait aussi une caféière au quartier des Grands-Bois, estimée 210 000 francs en 1829[5], qu'il avait appelée de manière significative Donibane, du nom basque de Saint-Jean-de-Luz, Donibane-Lohitzun, et sur laquelle, selon son fils Paul-Salvador dans sa Réclamation en Indemnité sur les propriétés de Michel-Joeph Leremboure, ancien maire du Port-au-Prince, Isle Saint-Domingue[6], 60 à 65 esclaves cultivaient des pieds de caféier qui « rendaient de 110 à 120 milliers » (de livres pesant[7]) en récolte annuelle. Le chiffre avancé paraît très élevé pour une caféière de taille somme toute très moyenne. C’est à peine un peu moins que ce que donnait le gros atelier fort de 145 têtes (plus du double) de la caféière de Madame la baronne de Navailles, la créole Elisabeth Bodain, épouse de Jean-Louis de Navailles-Angaïs, à la Montagne du Port-de-Paix, qui produisait entre 140 et 150 milliers l’an[8]. On était sans doute plus proche du rendement de la grande caféière voisine Dartis, aux Grands-Bois, qui comptait elle aussi un atelier de 150 esclaves et avait 100 000 pieds de caféiers plantés, dont une moitié en grand rapport, 35 000 pour l’année suivante et 15 000 dans les 2 ans[9]. Mais il est fréquent de trouver  dans ces dossiers de réclamations des sommes surévaluées et la suite de la déclaration montre que Paul-Salvador, s’il ne confond pas a priori les unités de mesure, ne connaît pas le fonctionnement de ce type d’exploitation puis qu’il répond « je l’ignore » à la plupart des question du formulaire, y compris celle du prix du café et celle sur les moulins, qui étaient toujours au nombre de trois sur une caféière et dont il dit : « Je n’en connais aucun et ne pense pas qu’il y en eût ». Quoi qu’il en soit, c'est sur cette propriété de montagne (les mornes en créole, bénéficiaire d’un climat plus frais) que Michel-Joseph Leremboure se retirait, à intervalles réguliers, pour faire ses comptes à l'abri de la touffeur de la ville où il résidait habituellement et il n’est pas fortuit qu’il ait baptisé ce refuge du nom de sa ville natale. Dix esclaves domestiques assuraient en outre le service de sa maison de Port-au-Prince : une « ménagère », un cocher et son laquais, le cuisinier et son aide, deux domestiques pour son service personnel et celui de son fils, deux blanchisseuses et une couturière, et six autres nègres à talents  (un menuisier, deux charpentiers, deux tonneliers, un perruquier) étaient placés en ville comme artisans. Paul-Salvador précise que « ces nègres ouvriers, dont la valeur est du double de nègres sans état, s’entretenaient eux-mêmes et vivaient comme libres. Ils se retiraient tous les soirs à la maison. Ils rapportaient chacun à mon père trois francs par jour et les acquittaient tous les samedis. Mon père reconnaissait aux cinq premiers la même somme lorsqu’il les employait pour son propre commerce ».

Mais la plus grosse affaire de Leremboure, « homme à grande spéculations, qui avait de l'avenir dans la tête et dont les projets étaient calculés avec prudence », ajoute Paul-Salvador, avait été d'embrayer immédiatement sur le projet du gouverneur agenais de Bellecombe d'assainir le front de mer en offrant des « concessions en mer ». Il en avait demandé une de 276 pieds (90m) de long et 14,5 de profondeur (plus de 4 m) qu'il fit remblayer par de gros navires de 4 à 500 tonneaux qu'il avait achetés, fait remplir de roches et couler. Toujours selon son fils, pour « exécuter ce projet gigantesque pour un particulier », il « demanda la permission de dégrader un monticule qui interceptait la vue de la plaine du Cul-de-Sac et la circulation de l'air » et « employa aux fouilles et aux transports de terre le travail, pendant 13 ans, de plusieurs nègres, mulets et nombre de cabrouets ». Les nouveaux magasins installés dans la belle maison à étage (une des rares de la ville)[10], qui avait coûté « 500 000 francs » hors l'emplacement et dont il occupait le tiers pour son commerce, le reste étant loué, devaient permettre de substantiels bénéfices sur la réduction des transports de marchandises de l'embarcadère à la ville, « si coûteux dans les îles ».

Un autre fils, Augier-Marie, brillant jeune homme de 24 ans était venu le rejoindre en 1789 pour remplacer un premier frère qui n'avait pu se faire au climat américain. Il sera élu, deux ans plus tard, député à l'Assemblée coloniale au Cap avant de finir réfugié au États-unis.

Avec les premiers troubles révolutionnaires, le rôle politique de « Leremboure père » devint prépondérant. Il fut élu par ses concitoyens premier maire de Port-au-Prince, le 5 mars 1791, après l'assassinat du colonel de Mauduit, dernier représentant des forces d'Ancien Régime. Il le restera 18 mois. Le 19 octobre il est à la tête d'une délégation de planteurs de la région de Port-au-Prince qui prépare, sur l'habitation Goureaud, un concordat de paix dont il est l’instigateur entre les Blancs et les Mulâtres révoltés. Ce concordat est signé quelques jours plus tard sur l’habitation voisine de Damiens. Le négociant bordelais Lajard, qui rapporte cette scène inédite croquée sur le vif, nous dit qu'après avoir accueilli à bras ouverts le général Bauvais, chef des Mulâtre, Leremboure s'était juché sur une barrique de vin (bordelais à coup sûr !) qui avait servi aux libations de circonstances pour y prononcer un discours d'union et de réconciliation « plein de sentiments de la fraternité la plus touchante... »[11]. Les gens de couleur se pressaient autour de lui et lui tapaient sur l'épaule en disant : « C'est papa à nous, ça oui ».

En 1793, bien qu'il ne soit plus maire, il joue encore un rôle important dans la résistance des colons blancs de la ville aux commissaires civils envoyés par la Convention puisque Sonthonax juge bon de l'arrêter parmi les factieux et de le faire déporter[12]. Il ne reverra Saint-Domingue qu'après dix ans d'exil aux États-Unis, à la faveur du retour des Français de l’expédition Leclerc envoyée par Bonaparte, et sera fusillé par Dessalines en 1804 à l'âge de 84 ans sur la place de l’Intendance avec les principaux notables de Port-au-Prince.

Bien entendu, ses détracteurs furent nombreux. Aujourd'hui encore les manuels d’histoire d'Haïti le présentent avec Caradeux comme l'un des plus implacables ennemis de la race noire. On lui reproche pêle-mêle, du côté haïtien, de s'être compromis avec Caradeux et Praloto partisans du maintien de l'esclavage, notamment dans l'affaire de la déportation des Suisses, ces esclaves noirs qu'avaient armés les gens de couleur ; et du côté français, d'avoir fomenté en sous-main les troubles qui ont conduit à l'assassinat du colonel de Mauduit, d'avoir soutenu le marquis de Borel dans sa résistance aux commissaires civils et même d'avoir entretenu des relations criminelles avec la Jamaïque où il avait été envoyé en mission par les colons en 1792 et 1793. Voici d'ailleurs le portrait peu flatteur qu'en fait un colon de l'époque :

« Ce maire était un vieux Béarnais de 66 ans, vrai jésuite, mangeurs d'images et porteur d'un masque qui le caractérisait parfaitement. On lui avait donné le surnom de Vieux Tigre »[13].

Arnaudeau, gérant de l'habitation Fleuriau dont Leremboure était procureur, lui reprocha dans plusieurs lettres aux propriétaires absents son « mauvais caractère ». Il avait effectivement la dent dure et ne s'en laissait pas conter comme le montrent certaines de ses lettres :

« Je ne puis concevoir – écrit-il en 1787 à propos d'un grand négociant rochelais qui fera faillite quelques années plus tard – comment M. Lanusse a pu se permettre une sortie aussi imprudente au sujet du prix du fret des sucres que je vous ai envoyés par M. Meulan. Il est bon que vous sachiez que le capitaine Sibile et M. Goguet, commissionnaires du navire, furent un mois à se décider à prendre ces sucres et qu'enfin ils me surent très bon gré de les leur avoir donnés. Les menaces de M. Lanusse sont vaines et ses capitaines ainsi que lui s'estimeront fort heureux que je veuille leur donner du fret. Le temps le prouvera ».

Le négociant bordelais Lajard, témoin des événements de 1791, évoque, lui aussi, son caractère « peu endurant » :

« On vit le maire dire des injures à un capitaine arrivant de France, portant des vivres et surtout du vin dont on lui a pris la majeure partie, étranger à toutes les affaires du temps et dont le tort sans doute était de commander le navire d'un négociant contre qui Leremboure avait conçu sans raison une haine injuste et cruelle ; c'est ainsi que Leremboure se vengeait sur un autre de l'absence d'un homme qui lui avait échappé et qu'il aurait désigné sans doute comme une autre victime s'il avait été assez malheureux pour se trouver au Port-au-Prince après l'incendie ».

Le même témoin, bien que reconnaissant à maintes reprises son attitude conciliatrice lors des troubles, en particulier avec les mulâtres, lui reproche surtout d'avoir été nommé maire par les assassins de Mauduit. « La postérité saura le juger », conclut-il.[14].

Pourtant certains faits ne peuvent être passés sous silence, même par ses pires ennemis. Sonthonax lui-même rend hommage à ses « vertus civiques », et Garran-Coulon, peu suspect de sympathies contre-révolutionnaires, reconnaît dans son rapport à la Convention son attitude courageuse et conciliatrice au milieu des troubles, ses efforts pour rétablir l'ordre, la protection qu'il accorda à tous, et particulièrement aux femmes et enfants des mulâtres, contre les émeutiers[15]. On a vu aussi comment les Mulâtres l’avaient apprécié lors du traité de Damiens.

Cette attitude des uns et des autres ne doit point nous étonner. On oublie trop souvent aujourd'hui les liens familiaux intimes qui pouvaient unir les gens de couleur à leurs pères blancs. L'inverse, une mère blanche, était plus qu'exceptionnel et pourtant, un autre colon Drouin de Bercy, nous apprend que lors de la conspiration du 15 avril 1794, les Blancs furent sauvés par l'indiscrétion d'un mulâtre nommé Benjamin, aide de camp du colonel Montbrun, qui avait conseillé à sa mère [c’est moi qui souligne], Marie-Thérèse le Rembourg [sic] de « ne pas sortir de chez elle parce qu’on devait assassiner tous les Blancs dans la même nuit »[16]. Or, cet aide de camp, qui sauva Montbrun en abattant le capitaine anglais qui venait l'arrêter au saut du lit lors de la prise du fort Bizoton, était, en réalité, Benjamin Ogé, né aux Cayes en 1772, lieutenant de la 3e compagnie de la Légion, comme nous l'apprend Saint-Rémy[17]. Qu'il s'agisse donc du fils (ou d'un parent) du martyr de la cause de la liberté des hommes de couleur (Vincent Ogé, roué vif au Cap pour rébellion contre les Blancs le 25 février 1792) ou de celui du brillant colonel Montbrun (en réalité Hugues de Brisset de Montbrun de Pomarède, mulâtre fils de noble qui devint ensuite le dernier gouverneur du Château-Trompette à Bordeaux), tous deux très attachés à Bordeaux, ou de quelque autre mulâtre puisqu'il était quarteron, on voit que la distance n'était pas si grande qu'on se plait à l'imaginer entre les Blancs et cette première génération de mulâtres aquitains. Marie-Thérèse le Rembourg, dont l’orthographe du nom a été francisée, pourrait bien être en effet cette fille de Michel-Joseph dont la mémoire familiale n’a pas retenu le prénom – blanche si elle est fille légitime, ou mulâtresse ou quarteronne si elle fille d’une « ménagère » (terme créole qui désignait pudiquement la concubine de couleur d’une grande partie des colons) de Michel-Joseph. Or, Dans sa Réclamation en Indemnité datée du 3 janvier 1826, Paul-Salvador dit qu’il agit « à titre de fils devenu unique par le décès de ses frères et de sa sœur mort célibataires ou sans avoir eu d’enfants ». Et il ajoute : « Ma sœur seule avait été mariée ». D’après les papiers Fleuriau, cette sœur, dont ne connaît pas le prénom, avait effectivement épousé le négociant Jean-Baptiste Duliepvre, de la maison Da Sylva et Duliepvre, de Port-au-Prince. Il semble bien donc qu’il ne faille pas la confondre avec Marie-Thérèse le Rimbourg.

Mais laissons, pour finir, la parole à Paul-Salvador, qui, dans une Notice sur Michel-Joseph Lermboure, de son vivant Maire de Port-Prince, Isle de Saint-Domingue, jointe à titre d’observations particulières à sa Réclamation en Indemnité, nous présente son père sous un jour nouveau :

M. Leremboure par ses talents reconnus et de longs travaux, avait acquis dans le commerce une très belle fortune. Il jouissait, tant dans la colonie que dans les Ports du Royaume, d'une grande considération; j'adjurerai à  cet égard le témoignage de M. le Marquis de Barbé-Marbois, Pair de France, de M. Vincent[18], Général dans l'arme du Génie, actuellement à Paris, et de tout ce que Saint-Domingue a possédé d'hommes impartiaux et recommandables…

Sonthonax et Polvérel, Commissaires de fatale mémoire, redoutant la sévérité des principes de mon père et son influence, le jetèrent dans la cale d'un vaisseau d'où il ne sortit que pour être déporté aux états-Unis.

Mon père débarqué à Baltimore m'écrivit : « J'ai resté 40 jours aux fers dans la cale de l'América[19], mal nourri, sans voir un ami, sans un seul domestique, sans qu'on m'ait envoyé de linge à changer ».

Il est plus que probable qu'on voulait le faire périr. Sans doute on ne l'osa pas, mais conçoit-on un pareil supplice, dans un lieu humide, mal sain, où le jour pénètre à peine et dont l'air est corrompu... ?

Mon père ajoutait : « Croiras-tu que je suis sorti de ce cachot infect, sans avoir eu un mal de tête. Quant à notre fortune, deus dedit, deus abstulit" [« Dieu l'a donnée, Dieu l'a reprise »].

Il languit dix ans dans l'exil. Il y en avait trois ou quatre qu'il sollicitait son retour à Saint-Domingue mais le temps de la justice n'était pas encore arrivé[20].

Sous le ministère de M. Forfait, mon collègue à l'Assemblée Législative[21], j’obtins le rappel de mon père à Saint-Domingue. En lui envoyant des ordres de ce Ministre de la Marine aux agents français résidants aux États-Unis et dans la Colonie, je le conjurais de ne pas prolonger son séjour sur cette terre, alors inhospitalière. Mon père, se sacrifiant pour sa femme et pour ses enfants, voulut rentrer dans ses biens dévastés et dont s'étaient emparés des usurpateurs. Il dut plaider : il fut remis en possession d'une partie de ses propriétés. Il était sur le point de l'être du reste.

Quelques temps après, le général Rochambeau se retira en France, après avoir fait un traité avec les noirs qui s'engagèrent à ne point attenter à sa vie et aux propriétés des blancs. Dessalines, ce monstre à face humaine, donna l'ordre de mort des blancs de Port-au-Prince, et mon père avec cinquante et un autre colons anciens fut fusillé à l'âge de 84 ans, sur la place de l'Intendance. Ses dernières paroles furent : « Sachons mourir en hommes libres de la main des esclaves »  et il chanta : « Nunc dimittis servum tuum domine »[22].

Ainsi périt cet homme intègre, ce magistrat digne des fonctions qu'il avait remplies, cet ami de la Patrie, ce doyen du commerce, ce père de Port-au-Prince. Il l'était à double titre. Il  fut le promoteur de l'établissement de cette ville, on l'a vu plus haut. Il lui a rendu de longs services.

Avec lui périrent aussi ses titres de propriété renouvelés depuis son retour des États-Unis, car ils avaient été détruits par l'incendie qui avait précédé sa déportation.

A cette époque désastreuse, on alluma le feu à la fois dans plusieurs quartiers de la ville et on remarqua mon père à la tête de la municipalité, portant des secours dans des rues éloignées, tandis que sa maison d'habitation brûlait, que sa caisse et son actif commercial étaient au pillage[23]...

On sait aussi que durant sa mairie, il fit des sacrifices pécuniaires considérables pour maintenir l'ordre, et sauver le Port-au-Prince.

Et certes, mon père pouvait en faire pour une cause aussi importante et qui n'intéressait pas moins le commerce français et le gouvernement que les colons eux-mêmes.

Pour subvenir à ces dépenses patriotiques, outre les bénéfices de son commerce et ses propres revenus, mon père, depuis de longues années, avait plus de 100 000 livres par an en procurations d'habitations.

Celle de M. Fleuriau de La Rochelle[24] lui en donnait 25, autant celle de La Chalandrais ; même somme celle de M. de Boyne ; 15, l'habitation Balmet ; 12 celle de M. Rasseteau. Vers les derniers temps il en eut encore quelques autres, mais j'en ignore les noms.

Les preuves de cette assertion peuvent se tirer des déclarations de ces propriétaires ou des comptes annuels que leur rendait mon père.

Sa réputation de probité était si répandue que plusieurs colons (il y en avait avec lesquels il n'avait jamais eu de relations) le nommaient leur exécuteur testamentaire. C'était au point que M. Giraud, Procureur aux biens vacants, homme très estimé, lui proposait assez plaisamment, un jour, de partager avec lui les produits de sa place, pourvu que mon père lui reconnut la moitié de ce dont il le privait dans les successions vacantes...

Un dernier trait de courage et de dévouement honore trop la vie de mon père pour que je le passe sous silence. Dans le premier de tous les combats contre les noirs et les hommes de couleur, revêtu de son écharpe, bravant les balles, il se jeta au milieu des combattants.

A la vue du maire s'exposant ainsi pour arrêter l'effusion de sang et prévenir une guerre civile, le feu cessa. M. Leremboure parvint à opérer une réconciliation, et l'Assemblée législative consacra en 1792 cet acte héroïque par son décret portant déclaration que le maire du Port-au-Prince avait bien mérité de la patrie…[25] ».

Dans une Note préliminaire à la première déclaration de propriétés, Paul-Salvador ajoute :

Et d’ailleurs, qui pourrait refuser un moment d’attention, n’être pas touché d’une commisération généreuse au récit des infortunes d’un vieillard élu maire dans les temps les plus critiques, à la presque unanimité des habitants d’une capitale, mis aux fers, au secret pendant quarante jours au fond des cales d’un vaisseau sous le climat de la Zone torride, ayant eu ses maisons incendiées, son actif commercial et sa caisse pillés, déporté durant dix ans aux Etats-Unis. A son retour, rentrant à peine, par arrêts des Tribunaux, dans la possession d’une partie de ses biens usurpés, fusillé enfin après la retraite du général Rochambeau malgré la foi du traité passé entre ce commandant de notre armée et le Chef militaire du Port-au-Prince [26]! Ce n’était pas alors Toussaint. Il avait de la justice et de l’humanité. Ce fut l’atroce Dessalines qui donna cet ordre barbare. Cinquante et un autres négociants ou habitants blancs furent exécutés avec mon père, dans la ville même dont il avait dans le temps sollicité l’établissement comme plus propre au commerce sur le bord de la mer qu’à la Croix-des-Bouquets, trois lieues plus loin[27], où il se faisait habituellement.

La requête au Roi en demande de concession du terrain fut écrite de la propre main de mon père. Elle doit se trouver dans les Archives du Gouvernement… Quel massacre de blancs et pour mon père dans quelle ville !... 

            Ces derniers détails – qui laisserait à entendre que Leremboure est le véritable fondateur de l’actuelle capitale d’Haïti – laissent perplexe lorsqu’on sait que le crédit et le mérite en sont unanimement reconnus au commandant pour le Roi du quartier du Cul-de-Sac, le Béarnais Joseph de Lacaze, avec l’appui de l’intendant bayonnais Laporte-Lalanne, et ce à une date, 1743, où Michel-Joseph Leremboure n’était pas encore arrivé dans la colonie puisque son seul embarquement connu est de 1765. D’autant plus qu’on évoque habituellement non pas une concession mais un achat pour le terrain de la fondation[28]. On ne toutefois exclure absolument, compte tenu des lacunes des registres d’embarquement, que Leremboure ait effectué un premier voyage avant cette date, très jeune, à moins de 23 ans. C’est une hypothèse qu’on ne peut écarter et qui permettrait de répondre à la question initiale que nous nous posions sur un premier départ bien tardif à 45 ans. Mais quoi qu’il en soit, même s’il se trouvait qu’il ait rédigé une demande de concession, il ne peut avoir agi qu’aux ordres des deux personnages cités précédemment.   

Paul-Salvador conclut sur l’espoir que « les membres de la commission ne sauraient trouver déplacer dans un fils cet exposé succinct d’une vie plus qu’octogénaire… » dont la mémoire reste un exemple et une leçon, un « sujet de méditations quotidiennes » pour ses descendants, dont il est le dernier survivant. Il expose ensuite en une page ses malheurs privés (il a perdu cinq de ses enfants et toute sa fortune) et de sa lutte contre l’adversité, ainsi que les principales étapes d’une carrière publique qui l’a mené à être élu député à l’assemblée Législative, « ni jacobin, ni feuillant » [ni à l’aile droite, ni à l’aile gauche] et à être ensuite « rappelé au Directoire », pour finir par être nommé Procureur général syndic de son département [à l’époque, les Basses-Pyrénées], toujours au service de ses concitoyens qui pourront en  témoigner. 

Pour nous aujourd’hui, sans prétendre mettre un point final à la polémique autour du rôle politique du personnage de Michel-Joseph Leremboure, on ne peut, au moins, que reconnaître son esprit d'entreprise qui l'avait placé au premier rang de ses concitoyens dans une époque difficile. Il est à ce titre tout à fait représentatif de l’émigration des élites basco-béarnaise vers les Îles et de leur exceptionnelle réussite à la veille de la Révolution ainsi que de la fin tragique que connurent bon nombre d’entre eux.

L’intérêt d’un document tel que la Réclamation en Indemnité de Paul-Salvador Leremboure est finalement d’accorder à un vaincu de l’histoire, sinon une chance de réhabilitation que les historiens haïtiens ne lui concèdent pas toujours pour diverses raisons, du moins celle d’échapper à l’oubli dans son pays d’origine. Ce témoignage d’un fils restitue en outre la nécessaire complexité d’un personnage (et d’une époque !) hors du commun.

 

Illustrations :

Michel-Joseph Leremboure, portrait, collection particulière, © J. de Cauna 1982.

 Notes :

[1]Voir Jacques de Cauna, L'eldorado des Aquitains. Gascons, Basques et Béarnais aux Îles d'Amérique (XVIIe-XVIIIe siècles), Ed. Atlantica, Biarritz, 1998, p. 367-374, et Au Temps des Isles à Sucre. Histoire d’une plantation de Saint-Domingue à la fin du XVIIIe siècle, Paris, Karthala, 1987, réédition 2003, p. 64-73.

[2] Philippe Veyrin, La Maison Louis XIV et la Maison de Ville de Saint-Jean-de-Luz, VIIe congrès d’Etudes basques, Donostia, Eusko Ikaskuntza, 2003, p. 207-215. C’est une histoire détaillée des procès qui opposèrent les deux maisons d’après les papiers Delrieu (neuf cahiers, 1641-1716).

[3] Renseignements aimablement communiqués par M. Paul-André Leremboure, à Saint-Jean-de-Luz, auteur de Une maison noble basque, Lohobiague-Enea, communément appelée Maison Louis XIV, Pyrénées, n° 97-98, 1974.

[4] J.-C. Parronaud, Marins et voyageurs et émigrants de Gascogne au XVIIIe siècle, Centre Généalogique des Pyrénées-Atlantiques,  cité par Jacques de Cauna dans La colonisation française aux Antilles. Les Aquitains à Saint-Domingue, thèse doctorat d’Etat, Paris IV-La Sorbonne, 2000, tome II, p. 230.

[5] Ces valeurs estimées proviennent de l’Etat détaillé des liquidations opérées par la Commission chargée de répartir l’Indemnité attribuée aux anciens colons de Saint-Domingue, Paris, Imprimerie Royale, 1828-1834, 6 vol. Cette Commission avait été instituée après la décision de Charles X d’accorder l’indépendance par décret royal en 1825 à l’ancienne colonie qui s’était libérée par les armes en 1803 en triomphant de l’expédition Leclerc envoyée par Bonaparte pour le reconquérir des mains de Toussaint  Louverture. 

[6] Paul-Salvador Réclamation en Indemnité sur les propriétés de Michel-Joeph Leremboure, ancien maire du Port-au-Prince, Saint-Domingue, Isle Saint-Domingue, Paris, 3 janvier 1826 (papiers de famille aimablement communiqués par M. Paul-André Leremboure, voir en annexe). Ce type de déclaration était destiné à constituer le dossier justificatif de la valeur estimée des propriétés spoliées par la perte de la colonie afin d’aboutir à la liquidation de l’indemnité qui devait s’élever au 1/10e des biens perdus.

[7] On parle à Saint-Domingue de « livres pesant » (0,4895 kilos) pour la production en poids, et, pour le rendement en argent, de « livres tournois » et de « livres de Saint-Domingue » dévaluées d’un tiers.

[8] Jacques de Cauna, Les propriétés Navailles à Saint-Domingue : caféières du Petit Saint-Louis et de la Montagne de Port-de-Paix, 1777-1814, Revue de Pau et du Béarn, n° 15, 1988, p. 291-304.

[9] Gabriel Debien, Une caféière-résidence aux Grands-Bois, Revue de la Faculté d’Ethnologie, Port-au-Prince, 1963, n° 6, p. 7.

[10] Selon le baron de Wimpffen (Voyage à Saint-Domingue pendant les années 1788-1789, Paris, an V, 2 t.), il y avait à Port-au-Prince à la veille de la Révolution 895 maisons formant « un amas de baraques de planches » qui offrait l’aspect d’un « camp tartare ». On se limitait à un rez-de-chaussée à cause des tremblements de terre mais cette obsession commençait à décroître et les maisons à étage  se faisaient de plus en plus nombreuses, surtout dans le beau quartier du Bel-Air (Georges Corvington, Port-au-Prince au cours des ans, Port-au-Prince, Ed. Deschamps, 1970-1992, 7 vol., t. I, p. 180).

[11] Ce discours est intégralement reproduit par les historiens haïtiens Horace Pauléus Sanon dans son Histoire de Toussaint Louverture, Port-au-Prince, Imp. de l’Etat et Auguste A. Héraux, 1920-1933, 3 vol., I, 239-240, et Georges Corvington dans Port-au-Prince au cours des ans, op. cit. , II, 231-232.

[12] Après le siège en règle des 13 et 14 avril 1793, le chevalier de Borel, meneur des factieux, s’enfuit et l’on procéda à un millier d’arrestations et 250 déportations (J. de Cauna, Haïti, l’éternelle Révolution, Port-au-Prince, Deschamps, 1997, p. 195). Une circonstance particulière accabla Leremboure : son nom et celui de son fils figuraient dans une lettre à Borel saisie sur un navire anglais intercepté par une goélette française le 8 avril au large de la Jamaïque où il avait été envoyé pour demander des secours.

[13] Placide David, Journal inédit tenu par le colon Gamot des événements accomplis à Port-au-Prince à partir de 1790, Le Document, n° 3, mars 1940, Port-au-Prince, p. 184.

[14] Archives Départementales des Landes, Papiers Lajard. Voir J. de Cauna, La Révolution à Port-au-Prince. Un manuscrit inédit du négociant Lajard, Revue de la Société Haïtienne d’Histoire et de Géographie, n° 152 et 153, 1986, et Annales du Midi, tome 101, n0 185-186, janvier-juin 1988.

[15] Jean-Philippe Garran de Coulon, Rapport sur les troubles de Saint-Domingue…, Paris, Imprimerie Nationale, an V, 4 vol.

[16] Drouin de Bercy, De Saint-Domingue, de ses guerres, de ses révolutions, de ses ressources, des moyens à prendre pour y rétablir la paix et l'industrie, Paris, Hocquet, 1814, p.15.

[17] Joseph Saint-Rémy (des Cayes), Pétion et Haïti, étude monographique et historique, Port-au-Prince, 1853-1857 (rééd. Paris, 1956), 5 vol.

[18] Charles-Humbert-Marie Vincent, porteur de la Constitution établie par Toussaint en 1801. Il déconseilla au Premier Consul l'expédition de Saint-Domingue et fut éxilé à l'île d'Elbe (H. L. Castonnet des Fosses, La revolution de Saint-Domingue, Paris, 1893, p. 269). François Barbé de Marbois fut Intendant à Saint-Domingue à partir du 5 juin 1785 en remplacement de M. de Bongars, puis ministre de la justice en 1815 et mourut en 1834.

[19] Ce navire appartenait à la flottille de cinq bateaux de guerre envoyée par les commissaires pour bombarder les forts du Port-au-Prince en avril 1793. Il était « bien armé » (Jean-Chrysostôme Dorsainville et les Frères de l’Instruction Chrétienne, Histoire d'Haïti, cours supérieur, Port-au-Prince, Ed. Deschamps, 1934, p. 74). L'escadre lança sur la ville quelque 4 500 boulets et le feu prit sur l'América (Thomas Madiou fils, Histoire d'Haïti, Port-au-Prince, J. Courtois, 1847-1904, réédit. Deschamps, 1987-1988, I, 187)

[20] Allusion claire au retour des Français avec l’expédition Leclerc envoyée par Bonaparte en janvier 1802 pour contrer le pouvoir noir établi par Toussaint Louverture et rétablir l’esclavage dans la colonie.

[21] Paul Salvador Leremboure fut élu député des Basses-Pyrénées en 1791, « ni Jacobin, ni Feuillant » (ni droite,, selon ses propres termes.

[22] En se recommandant à Dieu, Michel-Joseph Leremboure joue sur le mot latin servum : serviteur (de Dieu) et esclave. Ce massacre des blancs du Port-au-Prince eut lieu du 16 au 25 mars 1804 sans interruption.

[23] Incendie du 22 novembre 1791 (affaire de la Sainte-Cécile entre les Blancs et les Mulâtres).

[24] Sur cette sucrerie de la plaine du Cul-de-Sac, voir Jacques de Cauna, Au Temps des Isles à Sucre…, op. cit. Les autres habitations étaient aussi des sucreries de la même plaine (Morinière et Boynes, de La Rochelle), une indigoterie-cotonnerie au Mirebalais (Balmet) et une caféière aux Grands-Bois, à Pierre Rasseteau, parent et régisseur des Fleuriau.

[25] En décembre 1791, le corps des Africains, milice supplétive formée d’esclaves commandés par un certain Cayeman et armés par les Blancs du Port-au-Prince, massacra plusieurs hommes de couleur (B. Ardouin, I, 58). « Ils promenaient leurs têtes au bout de piques à travers les rues de la ville » (T. Madiou, I, 144). Garran-Coulon reconnaît que « la Municipalité du Port-au-Prince avait fait quelques efforts pour empêcher ces horribles expéditions » (Jean-Philippe Garran-Coulon, Rapport sur les troubles de Saint-Domingue…, op. cit., II, 506).

[26] Rochambeau, qui avait succédé à Leclerc mort de la fièvre jaune, avait en réalité signé au Cap le 19 novembre 1803, par l’intermédiaire de son aide-de-camp Duveyrier, une capitulation avec Dessalines par laquelle ce dernier « donnait l’assurance de sa protection aux habitants » (article 6, voir Beaubrun Ardouin, Etudes sur l’Histoire d’Haïti, Port-au-Prince, 1958, 11 tomes, V, 99). La capitulation du Port-au-Prince avait été signée par le général Lavalette dans les mêmes termes le 5 octobre.

[27] Environ 12 km.

[28] C’est par ordonnances des 6 février et 3 juin 1743 que les administrateurs Larnage et Maillart, gouverneur et intendant, enjoignirent aux habitants du Cul-de-Sac d’acheter l’habitation Morel, ci-devant Randot, pour asseoir leur nouvelle ville. Avant l’établissement définitif, qui se fit en 1749, le bourg de la plaine du Cul-de-Sac se trouvait sur le site actuel de la Croix-des-Missions, mais l’essentiel du commerce se faisait un peu plus loin, à la Croix-des-Bouquets (Georges Corvington, Port-au-Prince…, op. cit., I, 15-16).