Etienne-Élie GÉRIN
Haïti

Etienne-Élie GÉRIN

GERIN
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Photo courtoisie de Rulx Léon
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Étienne Élie GERIN
alias Côte-de-fer
Militaire
Signataire de l'Acte d'Indépendance
Ministre de la Guerre et de la Marine, Sénateur Anse à Veau 1806
o lundi 19 décembre 1757 Saint-Domingue, Cayes
+ jeudi 18 janvier 1810 Haïti, Anse-à-Veau
ax Marie-Anne GEFFRARD
b& Marie-Sainte BOUQUET

DESCENDANCE


Avec Marie-Anne GEFFRARD
1 ) Etienne GÉRIN (15 septembre 1799-)

Avec Marie Sainte GÉRIN née BOUQUET
2 ) Etienne Nicolas GÉRIN (12 avril 1798-)

 

 

Principale source : JPM

Source externe

Généalogie d'Haïti et de Saint-Domingue
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Révisé le dimanche 20 juin 2010

 

Étienne Elie Gérin

Étienne Elie Gérin

par Ernst et Ertha P. Trouillot

Etienne Élie Gérin naquit aux Cayes le 19 décembre 1757. Plus tard, il vécut à Petit Trou de Nippes, où il pratiqua le métier de caboteur avant que survienne la révolution. Le 21 août 1791, lors du soulèvement général des esclaves dans le Nord; il prit part au rassemblement des affranchis de l'Ouest dans la maison Rateau. Il accompagna le commandant Jourdain au Petit-Trou dans le but de soulever les ateliers d'esclaves et de s'emparer du bourg. Ainsi les ateliers de l'Arcahaie, de Léogane, du Cul-de-Sac et de Jacmel, sous les ordres de Hyacinthe, Lamour Dérance, Halaou et Romaine la Prophétesse, se soulevèrent. Il s'emparèrent de Petit-Trou, qui ne leur fut jamais enlevé tout au long de la révolution. Gérin participa à la prise de Camp Labiche à Cavaillon, en juillet 1793. Dans la guerre contre les anglais qui marchaient à la conquête de Saint-Domingue (1794-1795), il se couvrit de gloire dans le Sud. En 179*8, il occupait le commandement de la légion du Sud. En 1799-1800, on le remarqua dans les rangs du général Rigaud, pendant la guerre civile contre Toussaint-Louverture.

Élie Gérin se distingua par sa bravoure dans les derniers combats qui assurèrent la libération de Saint-Domingue. A la fin de guerre civile, il échappa  à la mort en marchant avec courage au supplice. Dessalines, admirant son geste, le sauva du massacre. En 1802, il fut nommé chef de brigade dans les rangs français, puis commandant de la 3ème demi-brigade, général de brigade (ou colonel) en juillet 1803 lors de la reconquête du Sud sur les Français et, enfin, général de division en juillet 1805. En outre, Gérin compta au nombre des signataires de la Constitution impériale de 1805. Cette année-là, Dessalines attribua le portefeuille ministériel de la Guerre et de la Marine à Élie Gérin.

Le 6 octobre 1806 : Que fabriquait Gérin à l'Anse-à-Veau, au moment où Messeroux, juge de paix à Port-Salut, chef des conjurés du Sud, portait son coup contre le gouvernement de Dessalines ? La place du ministre Gérin ne se trouvait-elle pas à Dessalines, capitale de l'empire ?

Quelle a donc été l'attitude de Gérin en apprenant le projet du renversement de Dessalines ?

«Certains accusent Dessalines d'avoir empoisonné Nicolas Geffrard, père du futur président d'Haïti. Or Geffrard a une soeur, madame veuve Abel, qui vit sur une petite sucrerie à Vaval. Euphémie sait que cette dame reçoit chez elle des conspirateurs. C'est chez elle que les généraux Francisque et Verret firent part au général Gérin du projet de conspiration contre Dessalines

"Mais vraiment, colonel Francisque, avait répondu Gérin, je ne puis concevoir que vous fassiez tous une telle entreprise sans en calculer les conséquences et, surtout, sans vous ressouvenir des malheurs de notre guerre civile ave Toussaint-Louverture"

«Alors, exaspérée, madame Abel se leva et prononça cette phrase demeurée célèbre : 

"Général Gérin, si vous ne vous sentez plus le courage de combattre avec vos frères, donnez-moi votre habit, vos épaulettes et votre épée, je marcherai à votre place ."»

L'histoire rapporta en effet que, mécontents des dépenses folles de l'empereur et de certaines mesures jugées sévères par lui telles la vérification des titres de propriété assimilée à une expropriation générale forcée opérée sous la direction de Balthazar Inginac au profit personnel de l'empereur, le complet dénuement des troupes et le gaspillage financier, les généraux Christophe, Bruno Blanchet et Geffrard, ourdirent la chute de Dessalines. La mort de Geffrard, survenue le 31 mai 1806, retarda les tractations ourdies contre l'empereur. Mais suite à des règlements administratifs incohérents et arbitraires de Dessalines frappant l'industrie et le commerce - dans le Sud, «l'empereur fit brûler d'énormes tas de campêches destinés à être vendus aux étrangers malgré sa défense », - le Sud et l'Ouest se soulevèrent, conduits par Pétion, Yayou et Gérin, son propre ministre de la Guerre. Ceux-ci voyaient déjà en Christophe le futur chef d'Etat.

Gérin et Pétion prirent la tête de six régiments qui se frottèrent à une escorte d'une vingtaine de soldats de l'empereur venus de Marchand, alors capitale d'Haïti, afin d'étouffer cette révolte dont Dessalines minimisa l'importance. Le 17 octobre 1806, Élie Gérin attira l'empereur dans une embuscade tendue au Pont-Rouge (plaine de Drouillard). Dessalines, en y pénétrant, crut voir ses troupes qui l'attendaient quand soudain retentit la voix de Gérin : Halte ! Formez le cercle ! « Je suis trahi ! » s'écria  Jacques Ier, qui tenta en vain de s'enfuir. Le soldat Pierre Garat renversa le cheval de l'empereur d'un projectile. Charlotin Marcadieu, aide de camp et homme de confiance de Dessalines, se porta au secours de son chef. Les deux hommes tombèrent sous les balles assassines.

Pétion, Gérin et Christophe convoquèrent alors une Assemblée constituante pour établir la république d'Haïti. La République fut proclamée par l'Assemblée constituante le 27 décembre 1806, en vertu de la nouvelle Constitution, et Henry Christophe accéda à la présidence du nord d'Haïti le 28 décembre 1806 - le même jour, Gérin entrait au Sénat. Mécontent des grands pouvoirs que la Constitution accordait au Sénat, Christophe mit l'armée du Nord sur le pied de guerre et s'avança dans l'Ouest où il commença le siège de Port-au-Prince. Il fut tenu en échec par les généraux Yayou et Lamarre. Christophe organisa donc l'Etat du Nord, qui regroupait le Nord, le Nord-Ouest et l'Artibonite. En janvier 1807, le Sénat mit Christophe «hors-la-loi», décréta des élections, et Pétion fut élu président de l'Ouest et du Sud le 9 mars 1807 - jusqu'au 29 mars 1818.

Dès 1808, les insurgés du Nord se liguèrent contre Christophe et voulurent rattacher leur département à celui de l'Ouest. Outre plusieurs autres expéditions, le siège du Môle Saint-Nicolas, que défendit le général Lamarre, fut décrété.

Élie Gérin remit sa démission au Sénat et retourna à l'Anse-à-Veau, traduisant ainsi son mécontentement quant à l'accueil réservé au président de la République dans la tournée du Sud. Toutefois, son patriotisme se réveilla dans sa retraite. Souhaitant seconder le Sénat, il encouragea les habitants de l'Anse-à-Veau à contribuer à l'effort de guerre du pays en faisant don de vivres ; il obtint aussi des caboteurs de la région qu'ils acheminent ces provisions jusqu'au Môle, au général Lamarre. Informé de cet état de choses le 18 octobre 1808, le Sénat chargea son président d'adresser une lettre à Gérin afin de le féliciter de son initiative et de lui témoigner sa satisfaction. La sympathie des sénateurs se réveilla en faveur de leur ancien collègue.

En novembre 1808, tandis que Saint-Marc subissait le siège, le Sénat invita le général Gérin à se rendre à Port-au-Prince dans les plus brefs délais et qu'il renoue avec la vie militaire. On le voulait à la tête d'une colonne pour établir la libre circulation de terre avec Saint-Marc. Le président du Sénat, Daumec, et les sénateurs Pelage Varein et Leroux furent mandatés pour adresser à Gérin un message propre à enflammer le patriotisme du vieux guerrier. Le 25 novembre, Elie Gérin céda aux suppliques et résolut de se rendre à Port-au-Prince. Le Sénat décida donc de réintégrer Gérin dans ses fonctions sénatoriales, en dépit de sa démission acceptée en janvier précédent. Gérin se rendit à ce voeu et prêta de nouveau serment ; il reçut de tous ses collègues le baiser fraternel.

Élie Gérin trouva la mort à l'Anse-à-Veau le 18 janvier 1810, assassiné dans sa propre maison, où il s'était barricadé, traqué comme le conspirateur d'une machination ourdie contre le président Pétion.

Le 24 janvier 1810, le président annonça la mort d'Élie Gérin au peuple et à l'armée, s'exprimant en ces termes : 

«Un général connu par ses services  rendus à son pays, mais qui n'a jamais su maîtriser l'effervescence de son caractère et de son ambition, a porté l'égarement jusqu'à trahir la confiance de ses concitoyens et à compromettre leur existence en se faisant chef de parti...»

Le président Pétion  ajouta : 

«Il a payé de sa vie, qu'il eût dû terminer plus utilement pour sa patrie et plus glorieusement pour lui, l'audace absurde de son entreprise.»

Sur la place d'Armes de l'Anse-à-Veau, à quelques pas du fort Saint-Laurent, se trouve la petite tombe en vulgaire maçonnerie de Gérin. Une de ses nièces écrivit son épitaphe dans un français original - et pas absolument pur- et la grava elle-même dans le marbre, burinant les lettres plus ou moins régulièrement : 

«Ici repose le corps de feu Étienne Élie Gérin, né le 19 décembre de l'année 1757 et décédé à l'Anse-à-Veau le 18 janvier 1810»

«Il était bon citoyen, bon frère, bon époux et bon père. L'innocente victime a été enterrée vendredi à 5 heures du soir»

Le général Alibée Féry lui consacra une notice biographique.

La femme de Gérin était la soeur du général Nicolas Geffrard, celui-là même que Dessalines aurait tenté d'empoissonner, selon certains accusateurs.

Le National du 4 janvier 1954 titrait en première page : 

«Les restes du général Gérin trouvés intacts :

«D'après une information publiée par l'hebdomadaire l'Écran, de Petit-Goâve, sous la rubrique "Nouvelles sensationnelles" les restes du général Étienne Élie Gérin, décédé à l'Anse-à-Veau le 18 janvier 1810, ont été trouvés presque intacts, après cent quarante-trois ans d'inhumation.

«L'exhumation s'est effectuée en présence d'une foule immense de curieux. L'appareil judiciaire en a dressé procès-verbal.»

«Ont été également trouvés intacts neuf boutons en or portant les armoiries de l'empire de 1804 avec effigie de l'empereur Jacques Ier ainsi que les franges dorées et les clous des épaulettes du général, l'un des plus authentiques héros de l'indépendance nationale»

 

par Ernst et Ertha P. Trouillot
Encyclopédie Biographique d'Haïti
Les Editions SEMIS inc.
(c) Ottawa 2001