Vaud, Switzerland GenWeb

Histoire du Canton de Vaud

Par Auguste Verdeil (1795-1856)

(Lausanne, Martignier et Compe., 1849-1852)



LIVRE TROISIEME


LE PAYS DE VAUD SOUS LA MAISON DE SAVOIE.

XIIIe-XVIe SIECLE.


Chapitre VIII.

Louis, duc de Savoie et baron de Vaud.

1451-1465.

Louis abandonne le gouvernement à sa femme, Anne de Lusignan. - Amédée, son fils, épouse Yolande de France, et reçoit le Pays de Vaud en apanage. - A la mort de Louis, Amédée, son successeur, donne le Pays de Vaud en apanage à son frère Jaques avec le titre de comte de Romont.

Les temps heureux pour les peuples gouvernés par la maison de Savoie étaient passés. Le duc Louis, prince faible et épris de sa femme, la belle Anne de Lusignan de Chypre, abandonna les rênes du gouvernement à cette princesse, qui, entourée d'une foule de seigneurs de l'île de Chypre, ses compatriotes et ses favoris, leur prodigua le trésor de l'état. Les exactions qu'elle fit peser sur les provinces pour satisfaire l'avidité de ces étrangers, exaspérèrent les populations. Les états de Vaud se plaignirent au duc de Savoie; leurs plaintes furent écoutées, le duc fit des promesses aux villes, et il paraît que le Pays de Vaud put échapper dès lors aux exactions de la cour de Savoie. Quant aux autres provinces, elles furent impitoyablement exploitées.

Louis donna la main de sa fille Charlotte au Dauphin de France, qui devint le célèbre roi Louis XI, et demanda, à cette occasion, un subside extraordinaire au Pays de Vaud, et l'obtint. Peu de temps après son mariage, le Dauphin, mécontent de la dot de son épouse, réclama de nouveaux fiefs, fit la guerre à son beau-père, et s'empara de plusieurs châteaux de la Bresse. Dans cette guerre, qui dura trois mois, plusieurs chefs du Pays de Vaud furent faits prisonniers par le Dauphin, entr'autres Henri de La-Sarra, Henri de Collombier, Antoine d'Aigremont, Aymon de Pré, Dortans, François de Senarclens, et Guillaume de Sacconay-Bursinel. Cependant, le duc de Bourgogne, père du célèbre Charles-le-Téméraire, intervint, et la paix fut conclue entre le beau-père et le gendre.

Le fils ainé du duc de Savoie, Amédée, épousa la soeur du Dauphin, Yolande, fille du roi de France, Charles VII. Le mariage conclu, le roi exigea que son gendre eût un apanage plus convenable, et, pour l'obtenir, il envoya en Savoie le comte Dunois. Louis consentit à tout, et céda à son fils les seigneuries de la Bresse et celles du Pays de Vaud, toutefois sous la réserve du ressort et de la souveraineté1. La remise du Pays de Vaud au commissaires d'Amédée, eut lieu à Moudon en 1456, suivant le cérémoniale adopté en pareilles circonstances.

«Les états de Vaud étaient rassemblés dans la salle de Justice, siège du bailliage de tout le pays, lorsque les commissaires du duc de Savoie comparurent et prirent place sur le tribunal, et furent suivis des commissaires d'Amédée, fils du duc. Les commissaires déclarèrent que le duc de Savoie remettait le Pays de Vaud à son fils ainé, sous réserve de souveraineté et de juridiction; et tendant un poignard nu aux commissaires du prince Amédée, ils descendirent du tribunal en remettant le poignard aux commissaires d'Amédée, et en invitant ceux-ci à monter sur le tribunal. Les commissaires du prince Amédée, montant sur le tribunal, comfirmèrent le Bailli de Vaud, Bertrand, seigneur de Duin, dans ses fonctions, ainsi que Mermet Christin dans sa place de Procureur-Général de Vaud; la même chose eut lieu à l'égard de tous les châtelains. L'assermentation de ces fonctionnaires étant terminée, les commissaires du nouveau baron de Vaud, invitèrent les députés des communautés, des villes, des châteaux, et les syndics, de prêter serment de fidélité, et requirent les barons, bannerets, nobles et vassaux de faire hommage.

«Alors, noble Humbert Cerjat, parlant au nom de l'assemblée de Vaud, représenta que la terre et baronnie du Pays de Vaud avait été, dès le vieux temps, retenue et réservée d'entre les terres d'Empire, pour être gouvernée selon les franchises, les libertés, les droits, les us et coutumes écrites et non écrites que l'on y avait coutume d'y observer, lesquelles libertés, franchises, droits, us et coutumes, le duc de Savoie et ses prédécesseurs, seigneurs de la baronnie de Vaud, ont juré, personellement, de garder à leurs sujets, avant que ses sujets soient tenus de prêter quelque serment au seigneur du dit seigneur de Vaud. Et qu'en conséquence les nobles et habitants du pays demandaient que leurs libertés et coutumes leur soient jurées par le dit seigneur et prince en personne.

«André de Porte, commissaire d'Amédée, déploya alors les lettres-patentes du prince, lesquelles constataient que de graves affaires le retenaient auprès du roi de France, et qu'il chargeait ses commissaires de garantir les libertés, franchises, droits, us et coutumes du Pays de Vaud. Après beaucoup d'autres réserves, les barons, les bannerets et les personnes nobles nommées ci-après prêtèrent serment, à savoir :

«Magnifique comte François de Gruyère, Jean de Blonay, Guillaume de La-Sarra, Guillaume d'Allinges, Guy d'Attalens, Antoine de Montagny, Louis d'Estavayer, François de Goumoëns, Guillaume de Vuippens, Guillaume d'Avenches, Humbert de Glane-Cugy, François de Bavois, Jaques de Bonvillars, Jean de Treytorrens, Pierre Mayor de Pont, Guillaume de Prez, Girard de Moudon, Humbert Cerjat, Jaques et Henri d'Estavayer, Guigues de Loyes, Jaques de Byonnens, etc., etc., tous nobles de la baronnie de Vaud. De même aussi les bourgeois, les syndics et les députés des villes du Pays de Vaud qui suivent, savoir : Jolivet, de la Cour, Vionnet, Guilly et Masle, de Moudon; Stavay, Fabry et Renaud, de Romont; de Bionnens, d'Yverdon; Marchand, Ouban, Vigoreux, de Cossonay; de la Cuisine, et Thorrens, de Morges; Girard, Mussard et d'Estavayer, bourgeois d'Estavayer; Bénard, de Payerne, et Treytorrens, de Cudrefin, avec plusieurs autres nobles, bannerets, bourgeois des villes et communautés de Vaud2

Amédée, dégoûté des intrigues qui déchiraient la cour de son père, vécut dans la Bresse, et préférablement dans le Pays de Vaud, qu'il affectionnait beaucoup3, et ne quitta les bords du Léman que dans l'année 1465. Le duc son père venait de mourir, lui laissant la souveraineté des états de Savoie. En prenant possession du pouvoir, le nouveau duc donna à Jaques, son frère, tout le Pays de Vaud en apanage, avec le titre de comte de Romont et de baron de Vaud.


1Guichenon, II, 123.

2Grenus, 77 à 89.

3Guichenon, II, 123.


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